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NDC 3.0 du Maroc, ce qui change pour les entreprises

Le Maroc a soumis en octobre 2025 sa troisième Contribution Déterminée au niveau National. Objectif : réduire de 53 % ses émissions d’ici 2035. Pour les entreprises, ce n’est pas un engagement diplomatique lointain, c’est un programme de transformation industrielle qui va modifier les règles du jeu sur l’énergie, la fiscalité et l’accès aux marchés.

NDC 3.0 du Maroc, ce qui change pour les entreprises

Ce qu’est la NDC 3.0 — et pourquoi elle concerne votre entreprise

Une Contribution Déterminée au niveau National (NDC, ou CDN en français) est l’engagement climatique qu’un pays soumet à la CCNUCC dans le cadre de l’Accord de Paris. Chaque pays doit mettre à jour sa NDC tous les cinq ans, avec une ambition croissante. La NDC 3.0 du Maroc, soumise en octobre 2025, couvre la période 2026-2035.

Pour les entreprises, la NDC n’est pas un texte académique. C’est la feuille de route qui détermine les politiques publiques, les réglementations sectorielles, les investissements d’infrastructure et les instruments fiscaux qui s’appliqueront à l’économie marocaine durant la prochaine décennie. Chaque objectif inscrit dans la NDC se traduit, tôt ou tard, en contrainte ou en opportunité pour le secteur privé.


Les chiffres clés de la NDC 3.0

La NDC 3.0 marque une progression significative par rapport à la NDC 2.0, qui visait 45,5 % de réduction d’ici 2030. Les nouveaux engagements se déclinent en deux volets :

Engagement Objectif 2035 Financement
Inconditionnel –21,6 % Ressources nationales (budget de l’État, fiscalité, secteur privé)
Conditionnel –31,4 % Soutien international (30-34 milliards USD)
Total –53 % ~96 milliards USD d’investissements climatiques

Ces objectifs sont calculés par rapport à un scénario de statu quo (business as usual). Ils impliquent une réduction absolue de 52,21 MtCO₂e pour le volet conditionnel, soit une transformation structurelle de l’économie — pas un ajustement marginal.


Les cinq piliers qui impactent les entreprises

1. Triplement des énergies renouvelables

La NDC 3.0 fixe un objectif de 15 GW de capacité renouvelable installée et confirme la cible de 52 % de renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030 — un objectif que le plan d’équipement 2025-2035 de l’ONEE anticipe à 56 % dès fin 2027.

Pour les entreprises, cela signifie un accès croissant à une électricité moins carbonée — et donc un levier direct pour réduire leur empreinte carbone, leur exposition au CBAM et leurs coûts énergétiques à moyen terme. Mais cela suppose aussi que les freins réglementaires à l’autoproduction et au raccordement soient levés, ce qui reste un chantier en cours.

2. Sortie progressive du charbon d’ici 2040

C’est une première dans la NDC marocaine. La sortie du charbon est conditionnée au soutien international, mais le signal est clair : les investissements dans les technologies intensives en charbon sont des impasses stratégiques. Le mix énergétique marocain, encore dominé à 37 % par le charbon en 2023, va se transformer profondément. Les industriels qui dépendent du réseau électrique verront leur facteur d’émission baisser — ceux qui s’adaptent en premier en tireront un avantage compétitif.

3. Tarification carbone domestique

Signal fort : la NDC 3.0 intègre explicitement la mise en place d’un marché carbone national et l’introduction progressive d’une tarification carbone. Les estimations évoquent un gain fiscal potentiel de l’ordre de +0,8 % du PIB.

Pour les entreprises, c’est un double enjeu. D’abord, un coût carbone domestique viendra s’ajouter aux charges d’exploitation — ce qui rend les investissements de décarbonation immédiatement plus rentables. Ensuite, une taxe carbone payée au Maroc pourrait être déductible des certificats CBAM à l’export vers l’UE, réduisant la facture nette pour les exportateurs. C’est l’un des arguments les plus structurants pour anticiper cette transition.

4. Intégration climat dans la programmation budgétaire

La NDC 3.0 a été, pour la première fois, intégrée au cycle des programmes triennaux de dépenses de l’État. Une unité climat a été créée au sein du ministère de l’Économie et des Finances. La circulaire n°5/2025 du Premier ministre rend obligatoire la prise en compte des objectifs climatiques dans les politiques publiques sectorielles.

Concrètement, cela signifie que les marchés publics, les subventions sectorielles, les critères de financement et les appels à projets vont progressivement intégrer des critères d’alignement climatique. Les entreprises qui ne documentent pas leur performance environnementale risquent de se retrouver hors jeu face à la commande publique.

5. Un portefeuille de 197 projets

La NDC 3.0 s’appuie sur 90 projets d’atténuation (60 milliards USD) et 107 projets d’adaptation (36 milliards USD), principalement dans l’eau, l’énergie, le transport et l’industrie. C’est un pipeline d’investissements considérable qui crée des opportunités directes pour les entreprises capables de se positionner : ingénierie, équipements, services environnementaux, efficacité énergétique, MRV.


Quels secteurs sont les plus exposés ?

Tous les secteurs de l’économie sont concernés, mais certains sont en première ligne :

Secteur Part des émissions Contraintes NDC 3.0
Énergie 65 % Triplement renouvelables, sortie charbon 2040, réseau intelligent
Agriculture 22 % Agriculture durable, irrigation efficiente, résilience hydrique
Industrie ~8 % Décarbonation des procédés, CBAM, tarification carbone, efficacité énergétique
Transport ~5 % Électrification, transports propres (13,9 Mds USD prévus)

Pour les exportateurs industriels, la pression est double : décarboner pour répondre aux objectifs nationaux et satisfaire les exigences réglementaires européennes (CBAM, due diligence, CSRD). Ces deux trajectoires convergent — et ceux qui avancent sur l’une progressent automatiquement sur l’autre.


NDC 3.0 et CBAM : la convergence stratégique

La NDC 3.0 et le CBAM européen partagent la même logique : mesurer, réduire et documenter les émissions. Pour les exportateurs marocains, cette convergence crée un alignement inédit entre politique nationale et exigences du marché.

Le lien direct : une tarification carbone domestique alignée sur l’EU ETS permettrait de déduire le prix carbone payé au Maroc des certificats CBAM à l’export. Résultat : les recettes carbone restent dans le pays au lieu de partir vers le budget européen — et financent la décarbonation de l’industrie marocaine.

C’est exactement le mécanisme que recommande l’analyse du Norwegian Institute of International Affairs : l’introduction d’un prix carbone national réduit la facture CBAM nette tout en créant un signal d’investissement pour la transition industrielle.

Mais cette opportunité suppose une condition préalable : que les entreprises marocaines soient capables de mesurer et documenter leurs émissions de manière fiable. Sans système MRV (mesure, reporting, vérification) en place, ni la déduction carbone ni la conformité CBAM ne sont possibles.


Les instruments financiers qui se mettent en place

La NDC 3.0 mobilise plusieurs leviers de financement que les entreprises peuvent actionner :

Crédits verts bancaires. Les banques marocaines proposent déjà des prêts à taux préférentiels pour les projets durables, via des lignes de refinancement avec la BERD, Tamwilcom et d’autres institutions. Ces mécanismes facilitent l’investissement dans l’efficacité énergétique, le bâtiment durable, les réseaux intelligents et l’agro-industrie verte — sans peser directement sur le budget de l’État.

Obligations vertes. Le Maroc a été pionnier en Afrique avec une émission de dette labellisée verte dès 2016. Le marché se développe et offre un canal de financement pour les grands projets industriels alignés sur les objectifs climatiques.

Fonds climat internationaux. Le Fonds Vert pour le Climat (GCF), le FEM, l’AFD, la Banque mondiale et la BERD ont des programmes dédiés au Maroc. L’accès à ces financements est conditionné à des critères d’alignement climatique que la NDC 3.0 formalise — les entreprises qui structurent leurs projets en conséquence accèdent à des conditions de financement avantageuses.

Budget vert national. Le gouvernement met en place des critères d’« étiquetage climat » pour identifier et suivre les dépenses publiques vertes. Les marchés publics intégreront progressivement ces critères, créant un avantage pour les fournisseurs capables de démontrer leur alignement climatique.


Ce que les PME doivent faire concrètement

La NDC 3.0 n’est pas un document pour grandes entreprises uniquement. Les PME — qui représentent environ 90 % du tissu industriel marocain — sont au cœur de la transformation. Voici les actions prioritaires :

Évaluer son exposition. Identifiez vos postes d’émission principaux (énergie, procédés, transport) et votre dépendance au mix électrique national. Si vous exportez vers l’UE des produits couverts par le CBAM, vous êtes doublement concerné.

Mesurer ses émissions. Un bilan carbone simplifié couvrant vos émissions directes et votre consommation d’énergie est le point de départ. C’est aussi le socle pour répondre aux futures exigences de tarification carbone et de reporting.

Investir dans l’efficacité énergétique. C’est le levier le plus rentable à court terme : réduction des coûts opérationnels, baisse des émissions, amélioration de la compétitivité. Les programmes AMEE et les lignes de crédit vertes facilitent l’accès au financement.

Explorer l’autoproduction renouvelable. Avec la baisse des coûts du solaire et de l’éolien, l’autoproduction devient un atout compétitif. Malgré les contraintes réglementaires actuelles, des solutions existent et le cadre évolue.

Anticiper la tarification carbone. Ne pas attendre l’entrée en vigueur d’une taxe carbone pour calculer son coût d’exposition. Les entreprises qui intègrent un prix carbone interne dans leurs décisions d’investissement aujourd’hui seront prêtes quand le mécanisme sera opérationnel.


La gouvernance climat se structure

La NDC 3.0 s’accompagne d’un renforcement du cadre institutionnel qui change les règles du jeu pour les entreprises :

Commission nationale sur le changement climatique et la biodiversité (CNCCDB) — fixe les orientations stratégiques et coordonne les actions intersectorielles.

Unité climat du MEF — traduit les objectifs NDC en programmation budgétaire et mobilise les ressources internes et externes.

Système national d’inventaire des émissions (SNIES) — assure le suivi des émissions au niveau national, avec des déclinaisons sectorielles et territoriales.

Plans régionaux de développement — les régions déclinent les objectifs de la NDC à leur échelle, avec le soutien du Centre 4C Maroc. Les entreprises opérant dans des régions qui se dotent de Plans Territoriaux de Lutte contre le Réchauffement Climatique (PTRC) seront directement concernées par ces objectifs territoriaux.

Ce maillage institutionnel signifie que la politique climatique ne restera pas un engagement international abstrait — elle va se traduire en réglementations sectorielles, en conditions d’accès aux financements et en critères de marchés publics à tous les niveaux de gouvernance.


Ce qu’il faut retenir

La NDC 3.0 n’est pas un signal diplomatique. C’est un programme de transformation économique à horizon 2035 qui va modifier les règles de fonctionnement de l’économie marocaine sur quatre dimensions : le coût de l’énergie, la fiscalité carbone, l’accès aux financements et les exigences réglementaires.

Les 96 milliards de dollars d’investissements prévus représentent à la fois une contrainte de transition et un réservoir d’opportunités. Les entreprises qui anticipent — en mesurant leurs émissions, en investissant dans l’efficacité énergétique et en structurant leur accès à la finance verte — se positionneront favorablement. Celles qui attendent subiront des coûts croissants et une perte de compétitivité progressive.

La NDC 3.0 fixe le cap. Le CBAM accélère le calendrier.
Les deux convergent vers le même impératif : décarboner, mesurer, documenter.


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