Climate Pulse by Konfluance

Climate Pulse

Le carbone a un prix. Le comprendre change tout.

Du marché réglementé au marché volontaire, de l'Article 6 à la conformité, de la biodiversité à la finance climat — un tour d'horizon des mécanismes qui façonnent la transition.

Source World Bank · ICAP · IPBES Mise à jour Février 2026 Données State & Trends 2025
80
Instruments de tarification
carbone actifs
28%
Des émissions mondiales
couvertes
>100
Milliards $ de revenus
publics en 2024
>90
Accords bilatéraux
Article 6 signés
01 — Le prix du carbone

Le monde met un prix sur le carbone

80 instruments actifs, plus de 100 milliards $ de revenus publics en 2024. Le prix oscille entre 3 $/t sur le marché volontaire et 84 $/t sur l'EU ETS — un écart qui raconte deux mondes.

Prix carbone par marché
USD / tonne CO₂ · Compliance vs Volontaire · 2025
Prix carbone par marché — USD/tCO₂ — 2025
MarchéPrix
EU ETS72
UK ETS57
Nouvelle-Zélande40
CORSIA21
RGGI17
Vol. A+14.8
Chine ETS11
Corée K-ETS10
Vol. REDD+5
Vol. basse Q.3.5
Source : World Bank, ICAP, Ecosystem Marketplace 2025
Couverture sectorielle
% des émissions couvertes par un prix carbone · 2025
Couverture sectorielle — % émissions couvertes — 2025
Secteur%
Électricité52
Industrie15
Bâtiment11
Transport7
Aviation5
Maritime3
Agri. & Déchets2
Source : World Bank, OECD Effective Carbon Rates 2025
Évolution des prix carbone 2015 – 2025
EU ETS · Chine ETS · Marché volontaire (moyenne) · USD / tCO₂
Évolution prix carbone 2015–2025
AnnéeEU ETSChineVol.
201583.3
201815.93.0
2021537.44.0
2023849.56.5
202572116.3
Source : ICE, World Bank, Ecosystem Marketplace · Compilé par Konfluance

Et le Maroc ? Le Royaume ne dispose pas encore d'instrument de tarification carbone. Le registre national MARCS est en cours de développement (projet CBIT/UNDP) — Konfluance a contribué aux spécifications techniques. Sa finalisation permettra au Maroc d'accéder aux mécanismes de marché carbone internationaux.

L'écart entre 72 $/t (EU ETS) et 3 $/t (volontaire basse qualité) reflète des réalités fondamentalement différentes :
  • Marchés réglementés — prix fixé par l'offre/demande de quotas dans un cadre légal contraignant. Le plafond d'émissions baisse chaque année.
  • Marchés volontaires — pas de contrainte légale. Le prix dépend de la qualité du crédit, de la méthodologie et des co-bénéfices.
  • Convergence à venir — l'ICVCM (Core Carbon Principles) et l'entrée en phase opérationnelle de l'Article 6.4 (février 2026) poussent vers plus de rigueur et un rapprochement des prix.
Ces revenus proviennent des enchères de quotas et des taxes carbone perçues par les gouvernements. L'EU ETS a généré ~39 milliards € en 2024, réinvestis dans la transition via le Fonds pour l'Innovation et les plans nationaux climat. Mais ces revenus restent concentrés — l'Afrique, qui émet 4 % des émissions mondiales, n'en capte quasiment rien.
02 — Le marché volontaire

Le marché volontaire du carbone cherche sa crédibilité

En dehors des obligations réglementaires, les entreprises achètent des crédits carbone pour compenser leurs émissions résiduelles. Un marché en crise de confiance, mais en pleine transformation.

Prix par type de crédit volontaire
USD / tCO₂ · Moyenne 2024-2025
Prix crédits volontaires — USD/tCO₂ — 2025
TypePrix
Removal (DAC, biochar)120
ARR (reforestation)22
Cuisson propre (A+)14.8
REDD+ (haute intégrité)8
REDD+ (standard)5
Renouvelables (faible additionnalité)3.5
Source : Ecosystem Marketplace, Sylvera, ICVCM 2025
Émissions par habitant : qui émet, qui génère les crédits ?
Tonnes CO₂ par habitant · 2023
Émissions CO₂ par habitant — t/hab — 2023
Régiont/hab
États-Unis14.9
Moyen-Orient12.1
Océanie11.5
Chine8.9
Europe7.1
Monde4.7
Am. Latine2.5
Asie du Sud1.9
Afrique1.0
Source : World Bank, Our World in Data 2023

1 tonne CO₂/habitant en Afrique contre 14.9 aux États-Unis. Ce déséquilibre est aussi une opportunité : les régions les moins émettrices sont celles qui disposent du plus grand potentiel de génération de crédits carbone — reforestation, cuisson propre, énergie renouvelable, agriculture régénérative.

Le marché volontaire a souffert de scandales de qualité (crédits REDD+ sur-estimés, double comptage). Deux initiatives restructurent le marché :
  • ICVCM (Integrity Council for the Voluntary Carbon Market) — définit les Core Carbon Principles (CCP) : additionnalité, permanence, pas de double comptage. Les registres Verra et Gold Standard doivent s'y aligner.
  • VCMI (Voluntary Carbon Markets Integrity Initiative) — encadre les revendications des acheteurs (Claims Code of Practice). Trois niveaux : Silver, Gold, Platinum.
Résultat : un crédit labellisé CCP vaut 2 à 3 fois plus qu'un crédit standard. Le marché se bifurque entre crédits haute intégrité et crédits à bas prix.
L'Afrique ne représente que 3,9 % des émissions mondiales mais détient un potentiel massif de génération de crédits :
  • Cuisson propre — 900 millions d'Africains cuisinent au bois ou charbon. Les projets de foyers améliorés génèrent des crédits Gold Standard à forte additionnalité.
  • Reforestation & agroforesterie — le continent dispose de 700 millions d'hectares de terres dégradées restaurables.
  • Registres nationaux — le Ghana, le Zimbabwe et l'Afrique du Sud développent leurs propres registres. Le Maroc via MARCS se positionne comme hub régional.
Frein : infrastructure MRV insuffisante, manque d'accès au financement, et faible représentation dans les organes de gouvernance des standards.
Le concept de « compensation carbone » est remis en question. La tendance est à la contribution climatique :
  • Compensation — « j'émets 100 t, j'achète 100 crédits, donc je suis neutre ». Critiqué pour le risque de greenwashing.
  • Contribution — « je réduis d'abord mes émissions, puis je finance des projets climat au-delà de ma chaîne de valeur ». Approche promue par le Net-Zero Initiative et le SBTi.
Le VCMI Claims Code encadre ces revendications : seules les entreprises avec un plan de réduction science-based peuvent se revendiquer « net-zero ».
03 — Coopération internationale

L'Article 6 entre en phase opérationnelle

L'Article 6 de l'Accord de Paris permet le transfert de résultats d'atténuation entre pays. En février 2026, les tout premiers crédits Article 6.4 ont été émis — un tournant historique.

26 FÉV 2026 Première émission historique de crédits Article 6.4. L'Organe de supervision (SBM) a approuvé les premiers A6.4ERs, issus d'un projet de cuisson propre au Myanmar. Les crédits, autorisés pour le K-ETS coréen, sont environ 40 % inférieurs à ce que l'ancien MDP aurait accordé — reflet des exigences méthodologiques renforcées. Le mécanisme entre officiellement en phase opérationnelle, cinq ans après la COP26.
Accords bilatéraux Article 6.2 par pays acheteur
Nombre d'accords (IA + MoU) · Décembre 2025
Accords Article 6.2 — Déc. 2025
PaysAccords
Japon31
Singapour24
Suisse14
Norvège6
Suède5
Corée du Sud4
Source : UNEP-CCC, IETA, UNFCCC · Déc. 2025
Transferts ITMO réalisés dans le monde
Tonnes CO₂e effectivement transférées · Article 6.2
Transferts ITMO — tCO₂e
TransfertDatetCO₂e
Thaïlande→SuisseDéc. 20231916
Thaïlande→SuisseDéc. 202429222
Ghana→SuisseJuil. 202511733
Source : KliK Foundation, Sylvera, UNFCCC · Déc. 2025

~43 000 ITMOs transférés à ce jour — tous via la Suisse (KliK Foundation). L'objectif suisse est de 34 Mt d'ici 2030. Le Maroc a signé un accord bilatéral mais n'a pas encore effectué de transfert — les prérequis (MRV, registre, gouvernance) restent à finaliser.

  • Article 6.2 — accords bilatéraux entre pays. Flexibilité maximale mais nécessite un cadre institutionnel solide des deux côtés.
  • Article 6.4 — mécanisme centralisé supervisé par l'ONU (successeur du MDP). Opérationnel depuis février 2026. Méthodologies ~40 % plus conservatrices que le MDP.
  • Pour les pays vendeurs — l'Article 6.2 est la voie la plus rapide (accords Japon, Suisse, Singapour). L'Article 6.4 ouvre l'accès au mécanisme onusien sans négociation bilatérale.
~43 000 ITMOs sur un objectif suisse de 34 Mt — le goulot n'est pas le manque de projets mais l'infrastructure : registres nationaux absents ou non interopérables, cadres MRV insuffisants, processus d'autorisation non finalisés. Les premiers transferts ont pris plus de 2 ans de négociation technique.
04 — Conformité & reporting

Le cadre de reporting se structure

ISO 14064, CSRD, TNFD, SBTi — les acronymes se multiplient, mais ils convergent vers un même objectif : mesurer, vérifier, publier. Pour les entreprises, la question n'est plus « si » mais « quand ».

  • ISO 14064 — bilan GES organisationnel (scope 1, 2, 3). Trois parties : quantification (14064-1), projets de réduction (14064-2), vérification (14064-3). Socle de tout reporting carbone sérieux.
  • ISO 14001 — système de management environnemental. Couvre eau, déchets, sols, air, biodiversité. Cadre global pour structurer une démarche ESG.
  • ISO 50001 — management de l'énergie. Réduit consommation et émissions scope 2. ROI moyen de 2-4 ans.
En pratique : ISO 14064 pour le bilan carbone, ISO 50001 pour l'efficacité énergétique, ISO 14001 pour un cadre intégrant la biodiversité et l'eau.
  • GRI — standard ESG le plus utilisé mondialement. Large couverture : climat, social, gouvernance.
  • IFRS S1/S2 (ex-TCFD) — risques financiers climat et durabilité. Adopté par l'IOSCO, référence pour les investisseurs.
  • CDP — questionnaire demandé par 740+ investisseurs. Note A à D- sur climat, eau, forêts.
  • SBTi — valide que vos objectifs sont alignés 1,5°C. Signal fort pour les partenaires et investisseurs.
Convergence : GRI et IFRS coopèrent. CDP s'aligne sur IFRS S2. Le SBTi complète avec des objectifs science-based. L'écosystème se simplifie.
La CSRD remplace la NFRD et élargit le reporting ESG obligatoire dans l'UE. Les normes ESRS couvrent :
  • ESRS E1 (Climat) — émissions scopes 1-2-3, plan de transition, prix carbone interne.
  • ESRS E2 (Pollution) — substances chimiques, pollution air/eau/sol.
  • ESRS E3 (Eau) — consommation, rejets, stress hydrique.
  • ESRS E4 (Biodiversité) — impact écosystèmes, alignement TNFD.
  • ESRS E5 (Économie circulaire) — déchets, recyclage, écoconception.
Concernés : grandes entreprises UE (>250 salariés), PME cotées, et entreprises non-UE >150 M EUR de CA dans l'UE. L'effet cascade touche les chaînes de valeur mondiales.
Sans MRV, aucun crédit carbone, aucun ITMO, aucun reporting ne tient. Les trois piliers :
  • Mesure — collecte des données d'émissions (capteurs, facteurs d'émission, modèles). Les méthodologies IPCC 2019 sont la référence.
  • Reporting — publication dans un format standardisé (ETF de la UNFCCC, registres nationaux, plateformes CDP/GRI).
  • Vérification — audit indépendant par un tiers accrédité (ISO 14064-3, ISAE 3410). Condition sine qua non pour les marchés Article 6 et les certifications.
Enjeu clé : la qualité du MRV détermine la crédibilité — et donc le prix — de tout crédit ou résultat d'atténuation.
05 — Au-delà du carbone

La biodiversité entre dans l'équation

Le rapport IPBES Business & Biodiversity (fév. 2026) est sans appel : toute entreprise dépend de la nature et l'impacte. Le carbone n'est qu'une partie du problème — et de la solution.

$7.3T
de flux financiers néfastes pour la nature
$4.9T privés · $2.4T subventions publiques
$220 Mds
investis dans la protection de la biodiversité
Ratio 33:1 — pour chaque $ protégé, 33 $ détruits
−40%
de capital naturel par habitant depuis 1992
Pendant que le capital produit augmentait de +100%
<1%
des entreprises déclarent leurs impacts biodiversité
Manque de données, modèles et scénarios fiables
$10T
d'opportunités business nature-positive
WEF New Nature Economy Report
×2
Coût doublé si l'action est retardée d'une décennie
IPBES Transformative Change Assessment, 2024
GLISSER POUR VOIR PLUS →
Flux financiers : destruction vs protection de la nature
Milliers de milliards USD · 2023
Flux financiers biodiversité — T$ — 2023
TypeT$
Privé néfaste4.9
Public néfaste2.4
Positif0.22
Source : IPBES Business & Biodiversity Assessment, fév. 2026
Capital humain vs capital naturel depuis 1992
Variation par habitant en % · 1992–2022
Capital — Variation % — 1992–2022
Type%
Capital produit+100
Capital naturel-40
Source : IPBES 2026, d'après World Bank Wealth of Nations
5 facteurs directs de perte de biodiversité
Contribution relative par type d'écosystème · IPBES Global Assessment
5 facteurs perte biodiversité — % par écosystème
FacteurTerrestreEau douceMarin
Usage des terres30128
Exploitation232834
Climat141018
Pollution142822
Invasives11115
Source : IPBES Global Assessment 2019, confirmé IPBES 2026
Le TNFD structure le reporting nature autour de l'approche LEAP (Locate, Evaluate, Assess, Prepare). Le cadre Kunming-Montréal fixe l'objectif 30×30 : protéger 30 % des terres et océans d'ici 2030. Actuellement ~17 % terrestre, ~8 % marin.
  • 320+ institutions financières ont rejoint le TNFD Forum.
  • CSRD (ESRS E4) rend le reporting biodiversité obligatoire dans l'UE.
  • NBSAP — chaque pays traduit Kunming-Montréal en plan d'action national.
Après le carbone, les crédits biodiversité émergent :
  • Principe — une unité mesurable de biodiversité restaurée ou protégée.
  • Standards — Biodiversity Credit Alliance, Plan Vivo, Verra SD VISta. Pas encore de standard dominant.
  • Marché — estimé à $2 Mds/an d'ici 2030. Très précoce (~$100 M en 2025).
  • Différence avec le carbone — la biodiversité est locale et non fongible. Un hectare de mangrove ≠ un hectare de forêt boréale.
Le marché carbone n'est qu'un levier parmi d'autres. L'architecture mondiale de la finance climat comprend :
  • Green Climate Fund (GCF) — principal fonds multilatéral climat ($12.8 Mds engagés). Finance adaptation et atténuation dans les pays en développement.
  • Adaptation Fund — financé par une taxe de 2 % sur les crédits MDP/Article 6.4. Focus sur les pays vulnérables.
  • Obligations vertes — $580 Mds émis en 2024. Standard EU Green Bond opérationnel depuis 2024.
  • Finance biodiversité — encore fragmentée mais en forte croissance. Le BIOFIN (UNDP) accompagne 40+ pays.
Enjeu : aligner tous ces flux vers un objectif commun — et s'assurer que les pays les plus vulnérables y accèdent effectivement.
Sources & méthodologie

Méthodologie et sources

Données issues de sources institutionnelles vérifiées, compilées et analysées par Konfluance Climate.

World Bank

State and Trends of Carbon Pricing 2025. Données sur les instruments, prix et revenus.

ICAP

International Carbon Action Partnership. Suivi des ETS mondiaux, statuts et couverture.

Ecosystem Marketplace

State of the Voluntary Carbon Markets 2024. Prix, volumes et qualité.

ICVCM

Core Carbon Principles. Intégrité et standards du marché volontaire.

UNFCCC

Article 6 Database. Accords bilatéraux, projets enregistrés et ITMOs.

Sylvera

Article 6 Readiness Update 2025. Transferts ITMO et données KliK Foundation.

IPBES

Business & Biodiversity Assessment 2026, Global Assessment 2019.

WEF

New Nature Economy Report 2020. Opportunités transition nature-positive.

Global Carbon Budget

Global Carbon Budget 2024. Émissions CO₂ par pays, Our World in Data.

Green Climate Fund

GCF Portfolio 2025. Finance climat multilatérale, adaptation et atténuation.

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